RechercherOpportunitésÉvénementsÀ proposHubs
C&
Magazines
Projets
Education
Communauté
Black Cultures Matter

Paris Noir : surréalisme, abstraction et figuration panafricains

Formal black and white group portrait of dozens of men, mostly Black, and one woman, in suits and traditional clothing, gathered outside a building.

Premier Congrès des écrivains et artistes noirs, Paris, septembre 1956. © Présence africaine Éditions, 1956. Photographie Lutetia.

31 Octobre 2025

Magazine C&

Mots Sherae Rimpsey

Traduction Manyakhalé „Taata“ Diawara

4 min de lecture

Dans ce texte expérimental, l’autrice Sherae Rimpsey réfléchit à la poétique et l’intériorité éprouvées dans certaines des œuvres d’artistes africain·e·s, afro-américain·e·s et caribéen·ne·s présentées dans cette exposition pionnière.

La proposition de cette exposition est très exigeante : Paris comme site et capteur de la noirité, de la pensée Noire, de la créativité Noire, d’une conscience Noire relationnelle. L’ampleur de ce qui est possible — la magnitude d’impossibilité inscrite dans l’exposition — est devenue une invitation à habiter cet intervalle. La brèche du désir noir ne se quantifie pas. Accordage, accordage, accordage — une porte d’accès à la fabrication de lieux est une façon de négocier la forme. Travail. Collectivité.

Paris Noir est une grande exposition au Centre Pompidou qui présentait plus de 150 artistes africain·e·s, afro-américain·e·s et caribéen·ne·s. Sous le commissariat de Marie Siguier, Aurélien Bernard, Laure Chauvelot, Eva Barois De Caevel et Alicia Knock, elle a présenté des esthétiques panafricaines et transatlantiques, dans une tentative de reconfigurer l’histoire de l’abstraction, du surréalisme et de la figuration.

Monochromatic collage of a woman in a dark gown holding a leashed cheetah, with a monkey on her shoulder, and two birds nearby.

Ming Smith, Self-portrait as Josephine, New York, 1986. Impression pigmentaire d’archivage, 91,4 × 62,9 cm. Courtesy of the artist and Jenkins Johnson Gallery, New York and San Francisco. © Adagp, Paris, 2025.

Dans Paris Noir, il n’y a pas de littéralisation de l’expérience noire. La brutalité du colonialisme est abordée par le biais du poétique, en situant le sous-texte et la subversion dans le figuratif, par l’adresse directe de l’abstraction, et en réorientant le le·la spectateur·ice à l’intérieur de sa propre positionnalité. L’un des moments les plus révélateurs de cette démarche consistait en une série de scènes en boucle tirées du film d’Ousmane Sembène, La Noire de… (Black Girl), projetées sur un mur, en vis-à-vis d’une peinture abstraite d’Ed Clark. Nous regardons Diouana, l’héroïne du film, dans des moments de réflexion silencieuse, se préparant pour aller se coucher, puis sautillant le long de la balustrade en gardant l’équilibre. Dans cette dernière image en particulier, on entend le petit ami de Diouana lui crier : « descendé ! descendé ! ».

A dark, surreal painting with three grey, spear-like totems adorned with white tribal symbols and horns, two yellow diamonds, a white serpent-like creature, and a small horned figure.

Wifredo Lam, Umbral, 1950. Huile sur toile, 185 × 170 cm. Centre Pompidou, Musée national d’art moderne, Paris. Achat de l’État, 1969. Attribution, 1976. AM 1976-990 © Succession Wifredo Lam, Adagp, Paris, 2025. Photo © Centre Pompidou, MNAM-CCI/Georges Meguerditchian/Dist. GrandPalaisRmn

Debout dans cette salle, je vois La Noire de…, ainsi que des sculptures rares et insaisissables, des assemblages, la peinture vive et profondément affective d’Iba N’Diaye intitulée Tabaski, la ronde à qui le tour ? (1970), d’autres tableaux, de petites villes qui jaillissent dans l’œuvre d’Harold Cousins. Je ressens Skunder Boghossian est un interlocuteur, et j’entrevois un fil reliant des thèmes de solidarité révolutionnaire, de syncrétisme, de cartographie, de rétourné (retour), d’affirmations de soi. Les œuvres de Sarah Maldoror et Hessie tracent des réseaux neuronaux de mémoire, les femmes gardant un œil sur moi. Je flotte entre le décalage de Senghor et le tout-monde de Glissant. La médiation noire est un moyen de rendre la vie. Ontologies totales. Préoccupations audacieuses. Tumulte. Structures conclusives. Et si je peux rester ici, me recalibrant, me réorientant dans ma propre positionnalité, à l’intérieur de Triptych, une peinture de Vincente Pimentel, je peux suivre les lignes de l’intériorité et écrire à l’œuvre dans une danse entre langage et mondes :

La peinture est comme une éclatement de nuage ou un brouillard à l’intérieur d’un tombeau. Des pleurs. L’illusion du semblage ou du passage. Elle porte sur le temps. Les particules sont un dévoilement, un tritàn du mystique. La tempête centrale aspire puis repousse. La marmite est cuite. Le contour, la ligne d’un engloutissement constant. Formations du quotidien. Du brisé. Où est le barrage ? Le temps. Les enfants. Phantasme. C’est la combustion de horreur (sic). L’ardoise effacée. La chair erratique. La sensation du pied, de la tête, qui brûle. Je ne cède à rien. Je suis l’inverse de la mort. Rafale — le bras pénétrant, fortifiant, numineux, palpatique. J’étais à peine dissimulée dans la marque. Un murmure suscité par le soin. Pressant. J’ai versé du sang. J’ai poché l’empreinte de l’effet que cela a eu sur deux cœurs proéminents. Le puits de l’esprit a réverbéré : me voici vidé·e. Le noyau du calme nécessite la distance — drylongso. Je suis saturé·e de choses débilitantes — le confort. Là, au creux de l’effacement, se trouvait une canette. Une toupie, j’en ai assez. Que le fond vienne me trouver. Puis-je revenir à la ruine. À l’ornière. Un pressentiment de la ligne, simple matière. Une PARTIE bleue qui s’élargit. Gratter. Gratter. Trait. Somme enveloppante. Une maquette centenaire qui s’ouvre ; cartilage, crachat, punctum, missile, affrontée. Canaliser la forme déclenchant PARTIE. Une liberté sans membres. Rage plate agile. Je reviens sans cesse au sept — plainte. Dans la scission de la totalité, je me suis précipité·e pour raconter l’histoire, un arc plus jaunissant. Soleil porteuse de trousseau présage, j’ai le code. J’ai besoin d’un royaume — révisions des révisions. Révisions de la PARTIE surface. Pousser au-delà de toute armature huilée. Nœuds, globules, os. Tirer PARTIE paysage PARTIE inertie PARTIE la mème mème (sic) PARTIE. Je m’en contenterai — ce qui constitue des systèmes. Une forte impulsion à se tirer. Ou à aérer le sens hors de tant de choses.

Paris Noir : circulations artistiques et résistances anticoloniales, 1950-2000 s’est tenue au Centre Pompidou, Paris (France), du 19 mars au 30 juin 2025.

Ce texte a été rendu possible grâce au soutien du Newcomb Art Museum de la Tulane University à La Nouvelle-Orléans, Louisiane (États-Unis).

Lire la suite
de

Critique

A Black woman in a white dress stands in a sand circle, speaking to an audience seated on tiered steps at an outdoor "Re:assemblages Symposium 2025" event.

The Re:assemblages Symposium: How Might We Gather Differently?

Critique

Lagos

A woman in a colorful headwrap holds a gourd rattle next to a vibrant abstract painting.

Werewere Liking: Of Spirit, Sound, and the Shape of Transmission

Critique

Biennale

Samson Mnisi: A Master Posthumously Receives His Due - Contemporary And

Samson Mnisi: A Master Posthumously Receives His Due

Lire la suite
de

Black Cultures Matter

Imagining a Future for the Arts in the US - Contemporary And

Imaginer un avenir pour les arts aux États-Unis

Essai

L'art en crise

C& and C&AL Print Issue #12/4: Ecologies - Contemporary And

La publication imprimée de C& et C&AL #12/4 : Écologies

Annonce

#Nairobi

Changing Perspectives on Waste - Contemporary And

Changing Perspectives on Waste